Fulcanelli et la Géographie Sacrée de la France

par Christophe de Cène

En choisissant de consacrer le Mystère des Cathédrales à Bourges, Amiens et Paris, en incorporant dans son œuvre certains repères comme le Sundial d’Édimbourg ou la cloche du roi Marc à Batz, Fulcanelli introduit une stupéfiante géographie sacrée de la France.

Notre livre « Finis Gloriae Mundi de Fulcanelli, la Révélation » expose la découverte d’Albert de Lapparent (alias Fulcanelli) et Antoine d’Abbadie : le zodiaque de la terre et la géographie sacrée de la France. Les deux amis, membres l’un et l’autre de la Société de Géographie et de l’Académie des Sciences, élaborent au XIXe siècle une théorie des courants magnétiques du globe terrestre, avec la mise en évidence d’une structure pentagonale (étoile à cinq branches) organisant les lieux sacrés de la France mystique. La carte qui suit résume l’ensemble.

Au nord, la cathédrale d’Amiens. Rappelons que le Mystère des Cathédrales de Fulcanelli comporte trois parties consacrées à Notre-Dame de Paris, Amiens et Bourges. Or, ces trois villes sont alignées, sur un axe nord-sud.

Les visuels suivants, issus de Google Earth, montrent la perfection de cet alignement. Le logiciel permet le tracé de lignes avec une précision absolue : on peut zoomer sur un point (une cathédrale par exemple) et le relier à un autre situé à des centaines de kilomètres ; puis suivre la ligne et observer son parcours exact sur le terrain. Ainsi, on constate que la ligne qui relie les cathédrales d’Amiens et Bourges passe par le Musée du Louvre (cour carrée) et la pointe ouest de l’île de la Cité, sur laquelle se trouve Notre-Dame de Paris.


Amiens - La cathédrale


Bourges - La cathédrale


Le Louvre et Notre-Dame-de-Paris

Vient ensuite la structure pentagonale. Ici, une notion est importante : l’azimut. Rappelons que Fulcanelli et d’Abbadie sont géographes, et à ce titre épris de rigueur et de précision. Pour eux, un axe terrestre ne se mesure pas sur un plan (une carte plane), mais sur une sphère, en considérant l’azimut de la ligne. Un peu comme un géomètre prend ses mesures. L’azimut d’un point, sur le globe terrestre, est l’angle qu’il fait par rapport au nord vrai (axe de rotation de la terre), de 0° (le nord) à 360° (le cercle complet). Ainsi, un azimut de 90° correspond à l’est, et 180° à une direction sud. L’ouest a un azimut de 270°. Le logiciel Google Earth permet le tracé d’une ligne avec une précision d’un centième de degré d’azimut ! Nous l’utilisons, sachant qu’il était possible - mais ô combien fastidieux  - de calculer précisément ces azimuts, au XIXe siècle, à la Société de Géographie.

Dans le Mystère des Cathédrales (première édition, 1926), Fulcanelli conclut le chapitre d’Amiens avec une étoile à cinq branches tête en bas, le pentagramme inversé. C’est là une référence évidente à la rose nord du transept qui, à Amiens, revêt cette forme rare dans l’art religieux.

Un pentagramme inversé placé à Amiens vise le sud avec trois directions distinctes :

Azimut 108°, branche sud-est de l’étoile.
Azimut 180°, branche sud.
Azimut 252°, branche sud-ouest.

Si la branche sud vise Paris et Bourges, la branche sud-est pointe la cathédrale de Strasbourg, centre spirituel de l’est. La précision est quasi-parfaite : Google Earth mesure 108,17° entre les cathédrales d’Amiens et de Strasbourg, pour 108° attendus.


Strasbourg - La cathédrale

La branche sud-ouest vise quant à elle la basilique hermétique de Guingamp (voir notre livre pour les détails). Là encore, la précision est plus que recevable : 251,55° pour 252° en théorie.

Il est remarquable de constater que la distance (d’une cathédrale à l’autre) Amiens-Strasbourg est aussi celle d’Amiens-Guingamp : 423 kilomètres (mesure Google Earth, à vol d’oiseau, respectivement 422,71 km et 423,82 km). Strasbourg et Guingamp sont à la même latitude. Le tracé pentagonal est ici d’une surprenante perfection.


Guingamp : la basilique Notre-Dame

Poursuivons le tracé, avec la même logique d’azimut (seule méthode qui fasse sens en géométrie dans l’espace), cette fois en appliquant l’étoile à cinq branches tête en haut (voir sur la carte de France les petites étoiles près de Strasbourg et Guingamp). Cette fois, les azimuts vers le sud sont 180 +/- 36°, soit 144° depuis Guingamp, 216° depuis Strasbourg.

Nous avons tracé ces deux lignes sur Google Earth, au centième de degré près (144,00° et 216,00°) : elles se croisent en un point situé sur le méridien d’Amiens (plein sud donc) à seulement 2 km de Rennes-le-Château (Point noté RLC X sur notre visuel, précisément à 2380 mètres de l’église du village, près des ruines de Blanchefort).  


Rennes-le-Château et le point de croisement X

Ce village de l’Aude est mondialement connu pour son « affaire Saunière » et ses symboles ésotériques de nature rose-croix. On trouvera en ligne et en librairie des centaines de références vouées à ce lieu mythique du sud de la France. L’abbé Saunière fut un contemporain de Fulcanelli, tous deux liés, semble-t-il, au cénacle ésotérique de leur temps.

Il peut sembler singulier de voir Rennes-le-Château jouer un rôle dans la géographie des Fulcanelli. Cependant, il faut se souvenir qu’Eugène Canseliet écrit dans Atlantis, au sujet de ce village :

« On peut voir dans Mutus Liber - Le Livre Muet de l'Alchimie - dont Jean-Jacques Pauvert vient de sortir, pour la première fois et en fac-similé, l'édition originale, imprimée en 1677 à La Rochelle (Rupellae), on peut voir, disons-nous, la cible aux cercles concentriques, qui est le rappel coloré des cycles parcourus et de laquelle l'alchimiste, souvent représenté par le tireur à l'arc, s'applique patiemment à atteindre le centre. Ce but, ce temps, cet espace de totale félicité, c'est, pour l’artiste, la très heureuse Arcadie que chantèrent les poètes, et dont le peintre Nicolas Poussin - le philosophe de la peinture - affleurant le Grand Œuvre, nous laissa l'expression dépouillée et soulignée, sans tristesse véritable, de l'épitaphe fameuse :

ET IN ARCADIA EGO
Je suis aussi en Arcadie.

Voilà bien qui nous déclare sans ambages que l'Adepte vit désormais dans l'âge d'or, au sein de l'éternel présent ; voilà bien qui sous-entend que le tombeau est vide de toute charnelle et authentique dépouille, de même que l'était sans doute celui de Rennes-le-Château dont Gérard de Sède a mis l'énigme en lumière, dans son ouvrage passionnant, voire angoissant à l'égal d'un roman policier (L'Or de Rennes, Julliard).

De quelle nature était là-bas la source abondante du précieux métal, qui fut non moins discrètement découverte que sans vergogne utilisée, à la fin du siècle dernier ? Alchimique inclinons-nous à croire, précisément à cause de la pierre tombale qui, dans le cimetière de ce tout petit village de l'Aude, portait encore, il y a quatre-vingts ans, l'inscription latine, transcrite en majuscules grecques aujourd'hui effacées :

ΕΤ ΙΝ ΑΡΧΑΔΙΑ ΕΓΩ. »

Eugène Canseliet, Brèves réflexions sur le Mystère des Cycles, Atlantis n°244, janvier 1968, p. 151.

 

On peut se demander à qui les deux géographes empruntent cette idée d’une structure pentagonale. Nous avons effectué une recherche en ligne, qui nous apporte rapidement le résultat : l’inventeur de la théorie pentagonale du globe est un professeur de l’école des mines, le géologue Elie de Beaumont. Or, il n’est autre que le maître et professeur d’Albert de Lapparent, Fulcanelli, lequel n’aura de cesse de défendre cette conception du globe terrestre, après le décès d’Elie. Le pseudonyme Vulcain-Elie (Fulcanelli) fut-il un ultime hommage à ce maître tant vénéré ?

L’ensemble de la structure pentagonale de la France a la forme que le schéma suivant résume.

Cette figure ne nous est pas inconnue : elle correspond exactement au « patron » (modèle) du polyèdre de Dürer, qu’il dessina pour sa célèbre gravure Melencolia. Cette forme, nous l'avons recréée, à l’identique, ici photographiée dans notre jardin, et l’avons étudiée avec notre ami peintre Yvo Jacquier (Prague) sous l’angle de ses proportions dorées (nombre d’or, 1,618…). Lire ici.


"Seule étoile", caractère au plomb extrait du Mystère des Cathédrales, 1926. Conclusion du chapitre voué à Amiens.




Elie de Beaumont, le père de la théorie pentagonale du globe terrestre. Il fut le professeur de Fulcanelli.

 


Le polyèdre de Melencolia, de Dürer.

Poursuivons notre quête pentagonale en plaçant l’étoile à cinq branches sur Guingamp. La pointe nord-est vient d’Amiens, comme nous l’avons vu (azimut 252°, soit 72°+180), tandis qu’au sud-est l’étoile montre la direction de Rennes-le-Château (azimut 144°). Examinons les trois autres branches.  La pointe nord de l’étoile suit le méridien de la basilique Notre-Dame, à Guingamp : 3°09’02’’ de longitude Ouest. Ce méridien traverse les jardins du Palais Holyrood d’Édimbourg, en Écosse. C’est là que se trouve le sundial (cadran solaire)  dessiné par Julien Champagne - d’après photo - pour illustrer le dernier chapitre de l’édition 1930 des Demeures Philosophales. Fulcanelli consacre l’ultime chapitre de son œuvre à cet étrange édifice, représentant un cristal icosaèdre. A noter que le même méridien frôle (à moins de 300 mètres) la chapelle templière de Rosslyn, au sud d’Édimbourg, immortalisée par le célèbre roman Da Vinci Code. Dan Brown, qui semble bien renseigné sur l’ésotérisme des lieux, place la chapelle sur la Rose Ligne, le Méridien sacré.


Édimbourg : le Sundial.


Le Sundial : carte postale que Julien Champagne
redessina pour illustrer les Demeures.

La ligne suivant la branche nord-ouest de l’étoile (azimut 288°) traverse l’île de Batz en Bretagne, près de Saint-Pol-de-Léon, avant de se perdre dans l’océan Atlantique. C’est sur cette Île que, selon la légende, apparut miraculeusement la cloche du roi Marc, conservée aujourd’hui dans la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Or, Fulcanelli choisit de faire figurer cette cloche en couverture de la première édition des Demeures Philosophales, et cela sans donner la moindre explication ni même citer cette cloche miraculeuse dans son livre. Pourquoi cette allusion voilée à l’île de Batz si ce n’est pour suggérer la structure pentagonale que nous décrivons ?


L'île de Batz en Bretagne.


En couverture des Demeures : la cloche
du roi Marc, découverte sur l'île de Batz (précision
d'Eugène Canseliet dans l'édition de 1960)
et conservée à Saint-Pol-de-Léon.


 

La cloche du roi Marc est en couverture des deux premières éditions du second livre de Fulcanelli : Les Demeures Philosophales. Dans la seconde seulement, parue en 1960 chez Omnium, Canseliet nous renseigne sur les culs-de-lampe de la couverture, citant le Mont-Saint-Michel et l'île de Batz.

La dernière branche de l’étoile, sud-ouest (azimut 216°), pointe Saint-Jacques-de-Compostelle (azimut réel de la basilique de Guingamp à la cathédrale de Saint-Jacques : 215,50°). Nombreuses sont, dans l’œuvre de Fulcanelli, les allusions à Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est le pèlerinage - réel ou allégorique -  de l’alchimiste Nicolas Flamel, la mérelle de Compostelle (coquille) de l’hôtel Jacques Cœur à Bourges.  La coquille Saint-Jacques est un décor omniprésent dans la basilique Notre-Dame de Guingamp.


Saint-Jacques de Compostelle : la cathédrale

L’ensemble de la structure pentagonale introduit un N penché, joignant les édifices religieux, de Saint-Jacques-de-Compostelle à Guingamp (757 km mesurés sur Google Earth), puis à Rennes-le-Château (754 km de Guingamp) et enfin Strasbourg (757 km depuis Rennes-le-Château). Cerise sur le gâteau : si l’on trace sur Google Earth une ligne de 1414 km joignant la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle à celle de Strasbourg, on constate qu’elle traverse la ville de Bourges et passe à moins de 400 mètres de la cathédrale du cœur de la France mystique. Une telle précision, aujourd’hui à la portée de tout internaute, n’était possible au XIXe siècle qu’au sein de la Société de Géographie, dont Fulcanelli fut membre, et que présidait son ami Antoine d’Abbadie.

Notre livre « Finis Gloriae Mundi de Fulcanelli, la Révélation » nous mène de ces éléments de géographie sacrée à une cathédrale armoricaine que Fulcanelli considérait comme celle du Graal.

Ce livre révèle la Géographie Sacrée de la France,
le zodiaque de la terre et le calendrier de Fulcanelli

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Lire aussi :
Fulcanelli : le zodiaque de la Terre
en complément de notre livre

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