Alchimie et Fusion Froide

Annexe 1

Transmutations historiques

Vraies ou fausses, les transmutations historiques relatées ici soulignent un point essentiel dans le cadre de notre étude : selon les alchimistes, le fer joue un rôle dans la transmutation du plomb en or ; et l'étain dans la transmutation du mercure en or.

Ces témoignages confirment les dires d'Alejandro Cabalo (voir notre entretien avec l'alchimiste) pour qui la transmutation du fer ou de l'étain accompagne nécessairement celle du plomb ou du mercure en or.

"Dieu a indiqué à quelques hommes le moyen de tirer de l'or et de l'argent de certains corps plus facilement et plus vite que des minerais dont on les tire habituellement. L'or et l'argent peuvent, en effet, être tirés non seulement des mines mais aussi des cinq autres métaux, et plus facilement du mercure, du plomb et de l'étain que du fer et du cuivre. L'or vient de l'étain et du cinabre."

Paracelse, XVIe siècle, Le Ciel des Philosophes.
(Note : cinabre : sulfure de mercure).

Transmutation du mercure en or

A ce résumé des transmutations observées au XVIIe siècle, on peut ajouter un fait rapporté par Manget, d'après le témoignage de l'un des acteurs même de l'événement, M. Gros, pasteur du saint Evangile à Genève.

Dans l'année 1658, un voyageur arrivant d'Italie, descendit à l'hôtel du Cygne de la Croix-Verte. Il se lia bientôt avec M. Gros, alors âgé de vingt ans et qui étudiait la théologie. Pendant quinze jours ils visitèrent ensemble les curiosités de la ville et des environs. Au bout de ce temps, l'étranger confia à son compagnon que l'argent commençait à lui manquer, ce qui ne laissa pas d'inquiéter l'étudiant, dont la bourse un peu légère redoutait un appel importun. Mais ses craintes ne furent pas de longue durée. L'Italien se borna à demander qu'on le conduisît chez un orfèvre qui pût mettre à sa disposition son atelier et ses outils. On l'emmena chez M. Bureau, qui, consentant à satisfaire à sa demande, lui procura de l'étain, du mercure, des creusets, et se retira pour ne pas gêner ses opérations. Resté seul avec M. Gros et un ouvrier de l'atelier, l'Italien prit deux creusets, plaça du mercure dans l'un et de l'étain dans l'autre. Lorsque l'étain fut fondu et le mercure légèrement chauffé, il versa le mercure sur l'étain et jeta dans le mélange une poudre rouge entourée de cire. Une vive effervescence se produisit et se calma presque aussitôt. Le creuset étant retiré du feu, on coula le métal et on obtint six petits lingots du plus beau jaune. L'orfèvre étant rentré sur ces entrefaites, s'empressa d'examiner les lingots : c'était de l'or, et du plus fin, dit-il, qu'il eût jamais travaillé. La pierre de touche, l'antimoine, la coupelle, justifièrent sa nature et l'élévation de son titre. Pour payer l'orfèvre de sa complaisance, l'Italien lui fit présent du plus petit des lingots ; il se rendit ensuite à la monnaie, où son or fut échangé contre un poids égal de ducats d'Espagne. Il donna vingt ducats au jeune Gros, paya son compte à l'hôtel et prit congé de ses amis, annonçant son retour très prochain. Il commanda même pour le jour de son arrivée un repas magnifique qu'il paya d'avance. Il partit, mais ne revint plus.

Dr Louis Figuier, L'ALCHIMIE ET LES ALCHIMISTES, ESSAI HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE. Victore Lecou, Paris 1854.
 

Transmutation du plomb en or

L'alchimiste provençal Delisle, qui brilla sous Louis XIV, avait acquis sa poudre de projection en assassinant, dans les gorges de la Savoie, un philosophe hermétique dont il était le serviteur…/…

Rapport de M. de Saint-Maurice, président de la Monnaie de Lyon :
 
Les épreuves et les expériences qui ont été faites par le président de Saint-Maurice au château de Saint-Auban, dans le mois de mai 1710, au sujet de la transmutation des métaux en or et en argent, sur l'invitation qui lui fut faite par le sieur Delisle, de se rendre audit château pour faire lesdites épreuves...
 
« L’expérience fut faite avec environ trois onces de balles de plomb à pistolet, qui étaient dans la gibecière du valet de M. de Saint-Maurice, lesquelles ayant été fondues dans un petit creuset et affinées par le moyen de l'alun et du salpêtre, le sieur Delisle présenta à M. de Saint-Maurice un petit papier et lui dit de prendre, de la poudre qui y était, environ, la moitié d'une prise de tabac, laquelle fut jetée par le sieur de Saint-Maurice dans le creuset où était le plomb fondu ; il y versa aussi deux gouttes de l'huile du soleil de sa première bouteille, dont il a été parlé ci-dessus ; ensuite il remplit ce creuset de salpêtre et laissa le tout sur le feu l'espace d'un quart d'heure, après quoi il versa toutes ces matières fondues et mêlées ensemble sur la moitié d'une cuirasse de fer, où elles formèrent la petite plaque d'or avec les autres morceaux qui ont été présentés à M. Desmaretz par M. de Saint-Maurice. L'expérience pour l'argent s'est faite de la même manière que cette dernière, à la réserve que la poudre métallique ou de projection, pour l'argent est blanchâtre, et que celle pour l'or est jaunâtre et noirâtre.

Toutes lesdites expériences attestées être véritables et avoir été faites au château de Saint-Auban, par nous, conseiller du roi en ses conseils, président en la cour des Monnaies de Lyon et commissaire du Conseil, nommé par arrêt du 3 décembre 1709, pour la recherche des fausses fabrications des espèces, tant en Provence, Dauphiné, que Comté de Nice et vallées de Barcelonnette. A Versailles, le 14 décembre 1710.
« Signé : DE SAINT-MAURICE. »
 
Dr Louis Figuier, L'ALCHIMIE ET LES ALCHIMISTES, ESSAI HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE.
Victore Lecou, Paris 1854.

Nous trouvons dans le même livre le récit d'une transmutation effectuée en 1602 par Alexandre Sethon, dit le Cosmopolite, devant des témoins jugés dignes de foi. Là encore, notons la présence du fer durant la transmutation :

Après que la masse eut été chauffée environ un quart d'heure encore, et continuellement agitée avec des baguettes de fer, l'orfèvre reçut l'ordre d'éteindre le creuset en répandant de l'eau dessus ; mais il n'y avait plus le moindre vestige de plomb ; nous trouvâmes de l'or le plus pur, et qui, d'après l'opinion de l'orfèvre, surpassait même en qualité le bel or de la Hongrie et de l'Arabie. Il pesait tout autant que le plomb, dont il avait pris la place. Nous restâmes stupéfaits d'étonnement.

Quelques années plus tard, en 1608, Sethon réalise une autre transmutation publique : le fer accompagne le plomb.

Voilà donc l'incrédule médecin adroitement attiré dans le laboratoire de l'orfèvre Hams de Kempen, à Maret. L'orfèvre n'était pas chez lui, mais son fils y travaillait avec quatre ouvriers et un apprenti. Pendant que le barbier arrive avec le soufre et le plomb, l'étranger entre en conversation avec les ouvriers, et s'offre à leur enseigner le moyen de changer du fer en acier. Pour éprouver ce secret, un ouvrier va chercher dans un coin de vieilles tenailles cassées, qu'il place, sur l'ordre de Sethon, dans un creuset rougi au feu. Le barbier, arrivé sur ces entrefaites, a déjà mis le soufre et le plomb dans un autre creuset. Tous deux travaillent simultanément : ils soufflent, ils chauffent, suivant les prescriptions de l'étranger. Celui-ci tire alors de sa poche un petit papier renfermant une poudre rouge qu'il divise en deux parties ; au moment qui lui paraît propice, il fait jeter dans chaque creuset une moitié de cette poudre, ordonnant en même temps d'ajouter du charbon et de chauffer plus fort. Au bout de quelques instants, on enlève les
couvercles, et le barbier s'écrie : « - Le plomb est changé en or !»


Une transmutation relatée par Huet, évêque d’Avranches, de l’académie française, dans ses mémoires
(événement situé vers 1662).
 
«  Nous ne négligeâmes pas non plus (à l’académie des sciences de Caen) cette partie de la physique qu’on appelle vulgairement chimie et que je désigne habituellement sous le nom d’abrégé de la nature…/… J’allais à Rouen où je vis Porée, premier médecin de la ville.

Porée décrit alors une transmutation, réalisée par un alchimiste :

Faites apporter un pot de terre, me dit-il, jetez-y un peu de plomb et approchez-le du feu, le tout de votre propre main pour éviter le soupçon de fraude qui pourrait naître de l’emploi d’une main étrangère. En même temps, il tira d’un coffret une feuille de parchemin, remplie d’une sorte de poussière rouge. Il y plonge la tête d’une épingle humectée de salive, et il secoue la poussière qui y était attachée sur le plomb liquéfié. Soudain le métal se soulève avec une sorte de pétillement, entre en ébullition et lance une flamme violette qui retombe peu après et s’évanouit. Mon homme déclare que l’opération est terminée ; il m’ordonne alors de verser le métal dans un vase de fer préparé à cet effet qu’il portait toujours dans son bagage. O prodige ! De mes yeux que j’en crois à peine, je vois avec stupeur un lingot d’or ! Je portai l’or à un orfèvre à qui je commandai d’en faire une bague (que Porée tire de son doigt) ».
 

Transmutation de l'étain en argent

La transmutation de l’étain en argent est évoquée dès l’antiquité dans les papyrus de Leyde:

Étain
: Purification de l’étain, décapage et durcissement de ce métal. Les manuscrits donnent de même des procédés pour l’affinage de l’étain. Purification de l’étain, projeté dans le mélange qui sert à fabriquer l’asemon (c’est-à-dire pour la transmutation de l’étain en argent).
Épreuve de la pureté de l’étain. Blanchiment de l’étain. Ce titre se retrouve dans le manuscrit 2327 : dans la langue des alchimistes, le mot blanchiment s’applique d’ordinaire à la teinture du métal transformé en argent, comme le montre l’un des articles du manuscrit 2327.
Marcelin Berthelot (membre de l'institut), Les Origines de l’Alchimie, 1885. Chapitre V : les papyrus de Leyde.
 

Alchimie et Fusion Froide : première partie

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