Antoine d’Abbadie d’Arrast, dans l’entourage de Fulcanelli


Antoine d'Abbadie d'Arrast
Coll. particulière

 

 

 

 


Antoine d'Abbadie,
source Wikipedia

Lorsqu’en 1929, Fulcanelli décida le retrait du Finis Gloriae Mundi, son troisième manuscrit, nul ne se doutait qu’une révélation importante venait d’être différée.

Quelques notes destinées à ce troisième livre, si mystérieux, nous sont connues grâce à l’obligeance d’Eugène Canseliet, l’unique disciple : en 1957 et 1960, deux chapitres furent ajoutés au Mystère des Cathédrales et aux Demeures Philosophales, contenant une partie du troisième opus. Ainsi, le chapitre intitulé « La Croix Cyclique d’Hendaye » clôt aujourd’hui le Mystère, comme un rappel de la fin inexorable des temps.

La modeste croix cyclique d’Hendaye est aujourd’hui connue dans de nombreux pays. Elle fit l’objet de diverses études, dont certaines connurent un succès d’édition, comme « The Mysteries of The Great Cross of Hendaye » de Vincent Bridges et Jay Weidner (1999). Les auteurs y évoquent longuement Fulcanelli, mais aussi un personnage haut en couleurs, présenté comme une sorte d’Indiana Jones du XIXe siècle : Antoine d’Abbadie d’Arrast. Vincent Bridges développe la thèse d’une proximité, voire d’une identité, entre Fulcanelli et Antoine d’Abbadie. Nous ne le suivons pas jusqu’à l’assimilation, la véritable identité (pensons-nous) de l’alchimiste ayant été révélée par Jacques Grimault dans un livre, L’Affaire Fulcanelli, paru en 2015. Mais il est vrai que les similitudes entre les deux hommes ne manquent pas, comme nous allons le voir.

Antoine d’Abbadie d’Arrast, né à Dublin le 3 janvier 1810, est un éminent explorateur et géographe français, membre de l’académie des sciences.

Très jeune, Antoine d’Abbadie, élève d’Arago, se passionne pour les sciences, géographie, minéralogie, géologie (on lira à ce propos l’excellent ouvrage d’Axel Brücker, Fulcanelli et le Mystère de la Croix d’Hendaye, Séguier, 2005).

En 1835, Antoine effectue un premier voyage en Bretagne, Irlande, Angleterre et Écosse. Ses notes évoquent alors l’étrange icosaèdre du palais Holyrood d’Edimbourg, ce fameux cadran solaire qui fera l’objet du dernier chapitre de l’édition 1930 des Demeures Philosophales (source : Bridges). Le lien avec Fulcanelli commence à se dessiner.

De 1838 à 1849, Antoine explore l'Éthiopie en compagnie de son frère, à la recherche des sources du Nil, étudie la géologie et la géographie de ce pays alors presqu’inconnu. Homme de foi, il créera plus tard la première mission catholique française en Éthiopie.

Antoine d’Abbadie fait construire à Hendaye un château-observatoire : Abbadia, qu’il lèguera à l’Académie des Sciences. Il se visite aujourd’hui. L’architecte sera Viollet-le-Duc, un proche de Fulcanelli d’après Eugène Canseliet. Le restaurateur d’Amiens et de Notre-Dame de Paris élabore un projet néo-gothique, dont il confiera l’exécution, sur le terrain, à son élève Edmond Duthoit. Dans les années 1860, Duthoit accompagne à Chypre Sosthène Grasset d’Orcet, autre ami de Fulcanelli, vulgarisateur de la langue verte des oiseaux.

Antoine d’Abbadie devient maire d’Hendaye et fait déplacer la croix cyclique, du cimetière vers la place de l’église. On connait la suite : Fulcanelli en fera l’objet unique d’un chapitre du Finis Gloriea Mundi. Julien Champagne illustre la croix d’Hendaye.

D’abbadie devient directeur de la société de géographie, membre de l’académie des sciences, qu’il préside à la fin de sa vie. Il meurt à Paris le 19 mars 1897, au 112 (aujourd’hui 120) rue du Bac, dans les lieux – c’est intentionnel - où s’éteignit en 1848 François-René de Chateaubriand, qu’il avait tant admiré comme voyageur et rénovateur du christianisme en Europe.

On sait Fulcanelli très lié à la famille de Lesseps, comme du reste Champagne, l’illustrateur, et Canseliet, le disciple. Là encore, le rapprochement avec Antoine d’Abbadie est évident (sans même tenir compte des origines basques des deux familles) : d’Abbaide et Ferdinand de Lesseps (à l’origine du canal de Suez) furent tous deux présidents de l’académie des sciences, et surtout se côtoyèrent longuement à la Société de Géographie, que Chateaubriand préside en 1824, Ferdinand de Lesseps de 1881 à 1890, et Antoine d’Abbadie en 1892.

En 1884, d’Abbadie est membre de la société de géographie française, et Ferdinand de Lesseps en est le président. Or, cette même année, Fulcanelli est lui aussi membre de la société de géographie, comme l’attestent son autobiographie et cette lettre, une sorte de CV, rédigée de la main-même de l’alchimiste alors encore socialement en activité (document ci-dessous).

Nous avons retrouvé ce courrier (deux pages avec la signature de l’adepte au bas de la seconde), et masquons ici le vrai nom de Fulcanelli (polytechnicien né en 1839) qu’il ne nous appartient pas de révéler (Jacques Grimault en est le découvreur).

Comme on le voit, le papier est à l’entête de la société de géographie, et le document en date du 8 avril 1884. Fulcanelli sera même un temps vice-président de cette société. On est ainsi absolument certain qu’il fréquenta, durant cette période, Ferdinand de Lesseps et Antoine d’Abbadie.

Christophe de Cène, 24 décembre 2015

La lettre-CV de Fulcanelli : pour la première fois, l'écriture de l'adepte :

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